|
L'expérience
d'indépendance kurde à Mahabad est née dans le contexte de la seconde
guerre mondiale. En 1941, l'occupation de l'Iran par les Soviétiques au
nord et les Britanniques au sud, et l'abdication de Reza Chah libèrent le
nationalisme kurde iranien de la féroce répression exercée jusqu'alors
par le pouvoir central. A Mahabad, Quazi Mohamad en profite pour prendre
en main le gouvernement de sa ville et de la région qui l'entoure.
Quazi
Mohamad est avant tout un négociateur qui recherche le soutien des Soviétiques,
tout en essayant de s'entendre avec Téhéran. Faute de résultat, il
finit par adopter une attitude plus belliqueuse en 1944. Le 17 décembre
1945, il fait hisser le drapeau kurde sur les bâtiments officiels de
Mahabad.
Le 22
janvier 1946, Quazi Mohamad proclame la naissance de la première République
autonome kurde. Ainsi, de nombreux Kurdes viennent aussitôt s'installer
à Mahabad. Ils ont participé aux offensives de la République contre les
attaques de l'armée iranienne.
Mais le
contexte international évolue défavorablement. En mai 1946, après un
accord entre les gouvernements soviétique et iranien, qui prévoyait la
participation soviétique dans l'exploitation des pétroles du Nord
d'Iran, les militaires soviétiques évacuent le pays. En août le nouveau
chah, Mohamad Reza, enfin maître chez lui, renoue avec la sanglante
politique antikurde de son père. Le 27 novembre 1946, les troupes
iraniennes entrèrent à Mahabad. C'est la fin de cette Première République
Kurde.
Qazi
Mohamad ainsi que son frère et son cousin, après un procès formel
devant le tribunal militaire, sont condamnés à mort. A l’aube du 31
mars 1947, Quazi et ses deux compagnons sont pendus sur la place publique
dite « Quatre Lampes » (Tchouar Tchra, en Kurde). Cette même
place où il avait proclamé quatorze mois plutôt la naissance de la République
Kurde. Des exécutions massives suivirent dans les autres villes du
Kurdistan iranien.
Aujourd’hui
il est interdit de se souvenir ouvertement. De même, les recherches
historiques sur cet épisode sont inconcevables. Les témoins directs de
la République disparaissent peu à peu, quand ils ne sont pas liquidés.
Pourtant, un patient travail de sauvetage et de restauration de cette mémoire
confisquée s'opère dans l'ombre.
Drapeau reconnu par l'ensemble des Kurdes |