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Actuellement, dans leur quasi-totalité, les Kurdes sont musulmans. Il existe aussi un petit nombre de Kurdes juifs et chrétiens.

Plus de 80% des Kurdes musulmans sont sunnites de l’école shaféite. Ils se distinguent ainsi de leurs voisins arabes et turcs qui sont, en général, de rite hanafite.

Les 20% restant sont : chiites orthodoxes (Iran), Ahl-i-Haq (Irak, Iran), alévis (Syrie, Turquie) et yézidis (un peu partout au Kurdistan).

 Avant l'islam

Les Mèdes, ancêtres des Kurdes, étaient des mazdéens. Leur grand dieu, Ahura Mazda, « Le Seigneur Sage », était le créateur universel et le guide de l’homme vers le bien. A ses côtés il y avait d’autres dieux moins importants comme Mithra, dieu du soleil, du contrat, de la fécondité et de la procréation.

Les Mèdes adoraient toutes les forces de la nature, en particulier le feu. Les mages offraient aux dieux des sacrifices sanglants et entretenaient le feu sacré dans une chambre surélevée du temple. Ces mages reconnaissaient deux principes : le Bien, Hourmuzd, et le Mal, Ehremen.

Zoroastre (Zerdechte en kurde), prophète né dans le pays Moukri, en plein Kurdistan iranien, en 660 avant JC, réforma le mazdéisme. Il en rejeta certains principes, comme celui des sacrifices sanglants et de la boisson enivrante lors des cérémonies religieuses. Mais il conserva le principe du feu « symbole de la justice et de la lutte contre les forces du mal ».

Son principe essentiel était le choix de tout homme entre la lumière et les ténèbres, le Bien et le Mal (Hourmuzd et Ehremen). Sa morale se résumait en la triade : « bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes œuvres ».

L’Avesta, recueil de textes sacrés, conserve ses prédictions et ses hymnes pour glorifier le Créateur.

Plus tard, à partir de 224 avant JC, le zoroastrisme devint la religion officielle des Perses et dura jusqu’aux conquêtes musulmanes.

Mais avant l’islam, quelques communautés chrétiennes s’implantèrent au Kurdistan. Au début du V° siècle l’église consolida sa position et de nombreux monastères furent construits.

 Sous l'islam

Au VIIe siècle, lors des conquêtes musulmanes par les Arabes, les Kurdes et les Perses zoroastriens furent beaucoup plus persécutés que les peuples chrétiens du Proche Orient. En effet, dans le Coran il est recommandé de bien traiter les « gens du Livre », c’est-à-dire les monothéistes juifs et chrétiens. Les zoroastriens, par contre, étaient des majus (mages) qu’il fallait anéantir.

Les Kurdes ont d’abord opposé une résistance à l’invasion musulmane, mais ils adoptèrent l’islam assez rapidement.

Un des plus célèbres souverains musulmans fut certainement le prince Kurde Saladin (1137-1193) qui combattit les Croisés et fonda la dynastie des Ayyubides.

Au XVIe siècle les Kurdes se rangèrent du côté de l’orthodoxie sunnite et ne suivirent pas leurs voisins perses dans le schisme chiite.

Le peuple Kurde est considéré actuellement comme musulman, mais leur islam a toujours été particulier. En effet, du fait de l’attachement des Kurdes à leurs racines, à leurs traditions, à leurs croyances transmises de génération à génération, ils ont toujours cherché des dérives. Ils ont souvent fondé ou fait partie de différentes sectes ou confréries mystiques, comme les alévis, les yézidis, les Ahl-i-Haq, les Naqshbandis, les Qâdiris… Ce mysticisme est très fortement teinté de zoroastrisme. 

Lexique

Sunnite : musulman fidèle à la Sunna (« règle de conduite », elle désigne les paroles et les actes du prophète donnés en exemple). La grande majorité des musulmans sont sunnites : ils reconnaissent les quatre premiers califes, n’attribuent aucune fonction religieuse ou politique particulière aux descendants du genre du Prophète, Ali, et adhèrent à l’une des quatre écoles juridiques sunnites.

Les non-sunnites comprennent les chiites, et nombre de sectes minoritaires.

Chiite : partisan d’Ali. Les chiites soutiennent qu’Ali avait un droit divin au calife, c’est-à-dire à la succession du Prophète. Ils considèrent donc Ali comme leur autorité spirituelle, autorité transmise à certaines de ses descendants.  

On trouve des Kurdes chiites en Iran.

Ecoles juridiques : il existe quatre écoles juridiques quatre écoles juridiques chez les sunnites : hanafite, hanbalite, malikite et shaéfite. On se réfère parfois à ces écoles, dans le contexte des pratiques religieuses, comme à des rites.

La plupart des Kurdes sont de rite shaféite.

Confréries sunnites : ce sont des congrégations soufies formées autour d’un maître. Il en existe un très grand nombre. La Qâdiriyya fut la première confrérie soufie à voir le jour en tant que telle. Fondée par le Kurde Abd- alm- kadir ( 1077- 1166 ), elle est implantée au Kurdistan depuis la fin du XIIIe siècle. La famille Talabani en fait partie.

La Naqshbandiyya, fondée au XIVe siècle, ne se répandit au Kurdistan qu’au début du XIXe siècle. Aujourd’hui elle est la plus puissante des confréries mystiques. La famille Barzani y adhère.

A la tête de toute confrérie se trouve le cheikh, notable religieux.

Les confréries soufies jouent un rôle social et politique important chez les Kurdes. Gérard Chaliand signale que, «  comme dans toute société tribale, certains individus, parce qu’ils ont une source de légitimité en dehors de la tribu, parviennent à des positions de pouvoir en transcendant, au moins temporairement, les divisions entre clans . Ce n’est donc pas un hasard si le mollah Mustafa Barzani, le plus fameux des dirigeants kurdes en Irak (…) ou Jalal Talabani, qui fut son rival, sont issus de familles religieuses. Ils doivent leur influence en partie à ce fait. »

Ahl-i-Haq : secte chiite présente chez les Persans, les Kurdes et les Turkmènes d’Iran et d’Irak les Ahl-i-Haq, « détenteurs de la vérité », sont peut-être à l’origine issus de la secte ismaélienne. Leur culte dualiste présente de grandes différences avec le chiisme officiel. Leurs croyances intègrent des éléments typiques des déviations gnostiques et manichéennes, aux marges de l’islam.

Alévis : « partisans d’Ali » ils professent une religion que l’on trouve principalement en Syrie, mais aussi au Liban et en Turquie. Leur secte a été légitimée comme rameau de l’islam.

On prend souvent les alévis pour des chiites, mais en dépit de la présence du nom d’Ali dans leur dénomination, leurs doctrines ne correspondent pas vraiment au chiisme en tant que tel ; Leurs croyances et pratiques, comme dans des sectes similaires, sont extrêmement hétéroclites et varient d’un groupe à l’autre. Certains éléments sont issus du christianisme.

C’est en secret que les alévis pratiquent leur religion, dans des lieux de réunion particuliers, fermés aux gens de l’extérieur. Leurs dignataires sont des dédés ; ils jouent un rôle analogue à celui des cheikhs, chefs religieux des diverses confréries sunnites.

Yézidis : ils pratiquent une religion syncrétique, de forte influence ismaélienne. Ils sont apparentés à des sectes gnostiques similaires, comme les Ahl-i-Haq. Leurs croyances sont un mélange d’éléments zoroastriens, musulmans et chrétiens. Sont membres de cette secte dualiste certains Kurdes du nord de l’Irak, de Syrie, de Turquie et d’Iran. Leur nombre dépasse sans doute les cent mille personnes.

Le yézidisme se caractérise par son originalité et son caractère strictement Kurde.

Ismaélisme : secte habituellement considérée comme un rameau chiite de l’islam. Son élément essentiel est cependant sa doctrine métaphysique  bien  particulière plus que ses affinités chiites. La secte perpétue, au sein de l’islam, d’anciens systèmes religieux perses. D'après CIMADE, 1997

 

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