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Kurdistan de l'Ouest

L'Irak actuel a été créé par la Grande-Bretagne au lendemain de la Première Guerre mondiale sur les dépouilles de l'Empire ottoman, qui fut le grand perdant de cette guerre. A la conférence de San Remo réunissant en avril 1920 les Alliés pour le partage du Proche-Orient, les Britanniques se font attribuer le mandat sur l'Irak arabe et la province de Moussoul qui désigne le Kurdistan irakien (cette province sera finalement annexée à l'Irak en septembre 1925). Le traité de Sèvres conclut quelques mois plus tard entre les puissances alliées et l'Empire ottoman prévoyait cependant la création d'un Etat kurde indépendant sur cette partie du territoire kurde. Mais ce traité ne sera jamais appliqué, car les Anglais établissent, en août 1921, une monarchie arabe en Irak avec à sa tête un prince saoudien. Les Kurdes revendiquèrent leur propre Etat sur ces territoires occupés par les troupes britanniques. Deux révoltes successives, conduites par Cheikh Mahmoud, en 1920 et 1923, pour un "Kurdistan libre et unifié", seront écrasées par l'armée et l'aviation anglaises. La population kurde jouira cependant de certaines libertés culturelles durant le mandat britannique qui prend fin en1932. Ces droits culturels acquis furent remis en question progressivement par les autorités arabes de Bagdad entraînant ainsi une série de conflits et de révoltes tout au long de l'histoire contemporaine de l'Irak.

En juillet 1958, à la suite du renversement de la monarchie par le général Kassem, une nouvelle constitution proclame le « principe de l’égalité et de l’union libre des nation sœurs arabe et kurde au sein de la république irakienne ». Mais cette euphorie ne durera que pendant trois ans. En septembre 1961, on entre dans une nouvelle période de confrontation armée qui va durer pendant neuf ans. Ne pouvant pas venir à bout de la résistance kurde, l’Irak consent, en mars 1970, à un accord de paix avec le mouvement kurde. Cet accord prévoyait une assez large autonomie pour la région kurde et cinq ministres kurdes font leur entrée au gouvernement. Mais la promulgation unilatérale, en mars 1974, par Bagdad d’une loi d’autonomie très restrictive, s’appliquant à environ la moitié du territoire kurde (37 062 km² sur 74 000 km²) déclenche à nouveau la guerre. Le mouvement kurde bénéficie alors du soutien de l’Iran. Après un an de combats violents, l’Irak constate l’impossibilité d’une victoire militaire et négocie avec le shah d’Iran un accord qui sera signé, le 5 mars 1975, à Alger : moyennant des concession territoriales à l’Iran notamment sur le Chat-el-Arab, Bagdad obtient du shah la cessation de son aide aux Kurdes et sa coopération pour étouffer le mouvement kurde dirigé depuis les années 40 par le général Barzani. Privé du soutien logistique de l’Iran, la direction du mouvement armé kurde dépose les armes. Il s’éclate alors en plusieurs tendances politiques qui reprendront la lutte armée près d’un an après cette défaite. Les accords d’Alger seront par ailleurs à l’origine de la longue et tragique guerre irako-iranienne qui fera plus de deux millions de morts et détruira pour longtemps l’économie des deux pays dans les huit années que durera ce conflit armé. Car Saddam, voulant profiter du chaos dans lequel se trouvait l’Iran à la suite de la révolution islamique, tentera de reprendre par les armes ce qu’il avait dû consentir au Shah, cinq ans auparavant, quand il était en position de faiblesse.

La répression sur les 5 millions de kurdes d’Irak prend l’aspect, depuis 1975, d’un vrai génocide. La politique irakienne avait pour objectif, dès cette époque, de dépeupler les provinces kurdes en les réduisant à l’état d’une minorité sans territoire et de détruire leur entité ethnique et culturelle.

Dès 1976, les autorités de Bagdad créent un no man’s land de 20 kilomètres de profondeur tout au long des frontières turque et iranienne. Les villages kurdes situés dans cette zone furent détruits et leur population déportée vers les déserts du Sud. En avril 1987, l’Irak décide de systématiser cette politique qui aboutira en l’espace de quelques mois à la destruction de presque tout les villages (4 500 sur les 5 086 que comptait le Kurdistan). Les bulldozers ont même rasé les ruines de ces villages. Des villes comme Halabja, Khourmal, Penjwîn, Tchoman, Chwarta, Dokan, Sîdekan, Qala Diza, Sengaser qui abritaient une population allant de 20 000 à 80 000 habitants ont été également rasées. Les animaux sont abattus et la végétation brûle pour empêcher toute possibilité de retour. La destruction vise aussi les lieux de culte et les monuments historiques dont plusieurs monastères et églises du VIème et VIIème siècles. Aucun journaliste i voyageur étranger n’a jamais été autorisé à pénétrer ces campagnes dévastées du Kurdistan déclarées « zones interdites » dont les seuls habitants ne furent autres que les militaires irakiens. Les populations des villes et villages détruits sont massivement déportées et internées dans des camps installés autour des grandes villes kurdes et dans le désert du sud, près de la frontière jordanienne. La population kurde condamnée à vivre dans ces camps était estimée de 1.5 à 2 millions de personnes.

Les exécutions « extrajudiciaires » des personnes suspectées de relations avec le mouvement kurde se chiffrent par milliers depuis 1980. Les rapports annuels des organisations de défense des droits de l’homme font état de nombreux cas de torture et d’exécution.

Le 30 juillet 1983, environ 8 000 hommes et enfants appartenant à la tribu des Barzani et vivant dans des camps de regroupement de Qouchtépé, ont été arrêtés et amenés par l’armée irakienne vers une destination inconnue. A ce jour, aucune information, n’a pu être obtenue sur leur sort. Saddam Hussein déclara un jour dans une émission télévisée qu’« ils se trouvaient sans doute déjà en enfer ». Certaines sources kurdes affirment qu’ils ont été exterminés après avoir servi de cobayes dans des expériences sur les armes chimiques et bactériologiques que l’Irak mettait au point.

Les bombardements à l’arme chimique, en mars 1988, de la ville Halabja et des provinces situées le long de la frontière turque en août - septembre 1988 ont fait plus de 20 000 victimes. Plus de 120 000 Kurdes se réfugient en Turquie où ils sont également rejetés. Finalement plus de deux tiers d’entre eux seront transférés en Iran.

En février 1989, Amnistie International dénonce, dans un rapport de 70 pages, l’exécution sous la torture d’enfants kurdes âgés de 12 à 13 ans en raison des activités politiques supposées de leurs parents. Ce rapport note également que les corps des jeunes victimes ne sont restitués à leurs proches qu’après versement d’une « taxe d’exécution ». Cet acte de sauvagerie sera également condamné par le Parlement européen.

Ruiné dans sa guerre avec l’Iran, Saddam Hussein envahit, en août 1990, puis annexe le Koweït. Toute la diplomatie et les menaces appelant au retrait des troupes irakiennes restent sans réponse. Alors qu’ils avaient fermé les yeux pendant des années sur le génocide perpétré contre 5 millions de Kurdes irakiens, les grandes puissances mettant en place une coalition internationale menée par les Etats-Unis pour sauver leurs intérêts économiques mis en danger par l’Irak et déclenche, en janvier 1991, la guerre du Golfe pour la libération du Koweït. Elles se rappellent, cependant, le drame subi par les Kurdes et les incitant à soulever pour affaiblir Saddam Hussein de l’intérieur. Libérant en quelques jours leur territoire, les Kurdes ne seront maîtres de leur destin que pendant deux semaines. La riposte de l’armée irakienne sera sans pitié et rejettera 2.5 millions de personnes sur les chemins de l’exode vers la Turquie et l’Iran. Le 5 avril 1991, le Conseil de Sécurité de l’ONU vote la résolution 688 qui condamne cette répression et exige de Bagdad de laisser passer l’aide humanitaire pour venir en aide aux réfugiés. Une zone de protection interdite à l’aviation irakienne sera ensuite instaurée au nord du 36ème parallèle. Après ces garanties de sécurité apportées par les Nation Unis, les réfugiés décident de regagner leur pays. Ils seront alors installés dans des camps, abris de fortune et grottes.

L’espoir renaît lentement. Des ONG européennes et américaines se mobilisent pour fournir nourriture et vêtements. Ensuite, des projets de reconstruction de villages, d’écoles et d’hôpitaux sont élaborés avec des moyens mis à la disposition de la population.

Les Kurdes eux mêmes commencent alors à s’organiser et, en mai 1992 pour la première fois dans l’histoire de l’Irak, les partis politiques kurdes tiennent des élections libres pour la constitution d’un parlement et d’un gouvernement destinés à gérer les affaires de leur région non soumise à l’autorité de Bagdad.

Mais n’ayant plus ni villages ni animaux ni végétation et soumis à un double embargo (l’embargo international sur l’Irak et celui de ce dernier sur le Kurdistan), irakien dépend uniquement de l’aide internationale. Sur le plan politique, aucune garantie internationale et durable n’est encore proposée aux Kurdes pour qu’ils puissent envisager un avenir libre, sans crainte d’un retour de la dictature qu’ils ont longtemps subie l’absence d’une perspective claire pour leur avenir oblige beaucoup de Kurdes à choisir la voie de l’émigration. Ces deux dernières années, des milliers de Kurdes irakiens ont quitté, souvent clandestinement, leur pays pour chercher refuge en Occident. La France a accueilli, depuis août 1989, environ 2 000 de ces réfugiés.

Chronologie

16 décembre 1925
Le Conseil de la SDN accède à la demande britannique d’annexer le Kurdistan méridional (Vilayet de Moussoul) à l’Etat irakien.

1931
De retour d’Inde, Cheikh Mahmoud organise une nouvel révolte au Kurdistan irakien. Fait prisonnier par les Britanniques, il est placé en résidence surveillée à Bagdad. Aussitôt après, les Kurdes irakiens se soulèvent cette fois-ci sous la direction du Cheikh Barzani, frère de Moustafa Barzani. L’aviation britannique (la RAF) intervient contre les villages kurdes.

1933
Nouvelle révolte kurde en Irak, sous la direction de Barzani.

1943-1945
Révoltes kurdes en Irak sous la conduite de Moustafa Barzani qui gagne, avec plusieurs centaines de combattants, le Kurdistan iranien où il sera nommé chef d’Etat- Major de l’armée de la République Kurde de Mahabad.

Août 1946
Fondation du Parti Démocratique du Kurdistan d’Irak (PDK-Irak).

1956
Pacte de Bagdad (remplacé plus tard par celui de CENTO) entre la Turquie, l’Iran et l’Irak, sous l’égide de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

Juillet 1958
Un coup d’Etat militaire dirigé par le général Kassem renverse la monarchie irakienne. La République où « les nations arabe et kurde sont librement associées » est proclamée à Bagdad. Barzani rentre de son exil soviétique.

Printemps 1961
Interdiction progressive des journaux, publications des kurdes d’Irak, accusés de « séparatisme ».

Septembre 1961
Début de l’insurrection armée kurde qui se transformera progressivement en un mouvement populaire de libération nationale.

Février 1963
Coup d’Etat d’inspiration baassiste à Bagdad. Cessez-le-feu provisoire sur le front du Kurdistan.

Juin 1963
L’armée irakienne déclenche une nouvel offensive contre les maquisards kurdes. L’aviation et l’armée de la Syrie, où le parti Baas a pris le pouvoir par le coup d’Etat de mars 1963, participent aux combats contre les Kurdes.

Février 1964
Accord de cessez-le-feu, le maréchal Aref ayant déclaré reconnaître les droits nationaux des Kurdes. L’opportunité politique de cet accord divise la direction kurde.

Mars 1965
Reprise des opérations militaires qui se poursuivront jusqu’au cessez-le-feu de juin 1966.

Juillet 1968
A Bagdad, retour au pouvoir du parti Baas. Le général Al-Bakr, premier ministre du gouvernement baassiste de 1963 est proclamé président de la République. Reprise de la guerre contre les partisans kurdes en avril 1969.

11 mars 1970
Accord kurdo-irakien sur « l’autonomie du Kurdistan », dont les institutions doivent être mises en place dans un délai de quatre ans.

1970-1974
Période de « ni guerre ni paix » au Kurdistan irakien. Nombreux attentats d’inspiration gouvernementale contre les dirigeants kurdes. La politique d’arabisation des provinces kurdes et le non respect des engagements pris détériorent les relations du mouvement kurde avec les autorités de Bagdad.

Avril 1972
Le régime irakien conclut un traité d’amitié et de coopération avec l’URSS, qui était jusque-là alliée des Kurdes. L’Iran décide d’appuyer les kurdes irakiens avec le soutien discret de Washington.

Mars 1974
Bagdad publie une « loi sur l’autonomie kurde » très en retrait sur les accords de 1970, et somme la direction kurde de l’entériner. Dès avril, la guerre reprend à une échelle jamais atteinte auparavant.

Mars 1975
Effondrement de la résistance kurde à la suite de l’accord d’Alger signé entre Shah d’Iran et le vice-Premier ministre irakien, Saddam Hussein. L’Iran décide de cesser son aide logistique aux Kurdes irakiens. La direction kurde abandonne le combat pour se réfugier en Iran.

Juin 1976
Reprise des opérations de guérilla au Kurdistan irakien.

Mars 1979
Mort de Moustafa Barzani, figure légendaire du mouvement kurde, aux Etats-Unis. Le gouvernement iranien autorise son inhumation en Iran.

Juillet 1983
L’armée irakienne arrête tous les hommes, âgés de 12 à 80 ans, de la tribu des Barzani et les transfèrent vers une destination inconnue. Le destin de ces hommes, estimés à 8 000 demeure inconnu jusqu’à aujourd’hui.

Septembre–octobre 1985
A Bagdad, les corps mutilés de 29 adolescents kurdes ont été remis à leurs familles contre le paiement d’une importante somme d’argent pour « frais d’exécution ». Le Parlement européen adopte une résolution condamnant la mort sous la torture des adolescents kurdes en Irak.

Avril 1987
L’Irak utilise massivement des bombes chimiques et du gaz moutarde contre la population kurdes en Iran. Au moins 20 villages sont touchés.

Mars 1988
Au moins 5 000 personnes sont tuées par le bombardement chimique de la ville de Halabjaau Kurdistan d’Irak.

Mai 1988
D’après un bilan établi par les organisations kurdes, sur les 5.086 villages que comptait le Kurdistan irakien en 1975, 4.500 ont été totalement détruits.

20 Août 1988
Accord de cessez-le-feu entre l’Irak et l’Iran après huit années de guerre qui ont ruiné les deux pays.

Août-septembre 1988
Vaste offensive irakienne aux armes chimiques contre les provinces kurdes longeant la frontière turque, 120.000 Kurdes se réfugient en Turquie. Les deux d’entre eux seront transférés vers l’Iran.

Août 1989
La France décide d’accueillir plusieurs centaines de Kurdes irakiens réfugiés dans des camps en Turquie.

Août 1990
L’invasion du Koweït par l’armée irakienne.

Janvier 1991
Début de la guerre du Golfe qui se solde par la défaite de l’Irak.

Mars-avril 1991
Soulèvement populaire au Kurdistan irakien au lendemain de la guerre du Golfe. Toutes les villes kurdes sont contrôlées par les peshmerga. Ce printemps kurde ne dura que deux semaines. La riposte de Saddam est sans pitié. Traumatisés par le spectre des armes chimiques plus de deux millions de personnes prennent le chemin de l’exode vers la Turquie et l’Iran.

Avril 1991
Le Conseil de Sécurité de l’ONU, en votant la résolution 688, condamne cette répression et exige de Bagdad de laisser passer l’aide humanitaire. Une zone de protection aérienne baptisée « Provide Comfort » sera ensuite instaurée au nord du 36ème parallèle. La population kurde réfugiée en Turquie et en Iran, après ces garanties de sécurité apportées par les Nations-Unies, regagne ses foyers.

Mai 1992
Election au Kurdistan d’Irak pour la constitution d’un gouvernement local appelé à gérer les affaires du Kurdistan irakien non soumis à l’autorité de Bagdad. L’UPK et le PDK obtiennent, à égalité, plus de 90% des voix.

Juillet 1992
Formation d’un gouvernement d’union nationale composé de quinze ministres.

Octobre 1992
Le parlement du Kurdistan d’Irak proclame, à une très forte majorité, la création d’un Etat fédéré au Kurdistan d’Irak.

Mai 1994
Début des affrontements entre l’UPK et le PDK qui n’arrivent pas à s’entendre, au sein du même gouvernement, sur la gestion du Kurdistan fédéré.

Août 1995
Affrontement armée entre le PDK-Irak et le PKK qui vont durer plusieurs semaines et faire de nombreuses victimes.

Août-septembre 1996
Affrontement armée suicidaires entre les deux principaux partis kurdes irakiens, l’UPK et le PDK. L’Irak envoie son armée et ses chars pour soutenir le PDK. Plus de 150 000 personnes se réfugient vers la frontière iranienne.

Octobre 1996
Retour en force de l’UPK qui reconquiert tous ces bastions abandonnés au PDK.

Novembre 1996
Cessez-le feu entre l’UPK et le PDK.

Décembre 1996
Soucieuse de normaliser ses relations avec l’Irak de Saddam Husein. La France se retire de l’opération « Provide Comfort » créée en juin 1991 avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour la protection des Kurdes d’Irak. D'après CIMADE, 1997

 

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